La révélation du Coran

Nous sommes au mois de Ramadan de l’an 610. Le Prophète Mohamed a pris l’habitude de s’isoler pour méditer et chercher la voie de Dieu, dans une caverne proche de la Mecque, sur le mont Hira. Plusieurs semaines passent. Et puis, la nuit qui précède le 27 ème jour du mois, soudain, une apparition : un être de lumière.

L’événement marque pour lui le début de la Prophétie, à 40 ans. Mais il devra attendre trois longues années avant que de nouveau la révélation divine le touche. Car il s’agit bien, comme son récit en témoigne, d’une révélation et non d’une simple inspiration d’écrivain. Le Coran, tout comme les autres textes sacrés reconnus comme tels (la Torah et l‘Évangile) est révélé en ce sens précis qu’il est comme dicté mot à mot au Prophète Mohamed, qui doit restituer fidèlement le message divin à son Peuple.

Après trois ans de silence, les révélations reprennent, et s’étaleront dans le temps sur les 20 dernières années du Prophète, dont les dix dernières se dérouleront à Medine. En effet, le Coran n’apparaîtra pas soudain d’un bloc, construit et définitif. Mais il se révèlera aux hommes par fragments, au gré des circonstances, apportant tel éclaircissement ou telle voie à suivre lorsque le besoin d’être guidé se fera sentir. Pour autant, les lecteurs du Coran savent que celui-ci n’est pas une suite de versets sans queue ni tête, mais au contraire un ensemble homogène de 114 sourates.

Mohamed qui ne savait ni lire ni écrire, insiste d’abord auprès de ses compagnons pour que les versets soient appris par cœur au fur et à mesure des révélations : on les récitera aux prières rituels. En particulier, le Prophète Mohamed a pris l’habitude, durant le mois de Ramadan, de réciter la totalité du Coran alors connue, lors de prières supplémentaires, les prières quotidiennes du soir. Sous la surveillance de Gabriel, la mémoire de Mohamed devenait “plus féconde que le vent portant la pluie”.
Et pendant le dernier Ramadan de Mohamed, Gabriel lui fera réciter par deux fois la totalité du Coran, lui signifiant ainsi doublement l’achèvement de sa mission et sa mort prochaine. La tradition d’apprendre le Coran par cœur est donc bien ancrée dans le cœur des musulmans.
Mais les compagnons lettrés prennent également l’habitude de noter les versets par écrit. A partir de quelle date exactement, on ne sait pas. Toujours est-il que cinq ans après la première révélation, des traces écrites existent déjà. Et de cela on en est sûr, car c’est à cette époque que le futur Calife Omar, séduit par la lecture de la sourate 20, se convertit à l’islam.

Tout comme le Prophète faisait réciter ses Compagnons, il dicte aux écrivains les versets, faute de papier (il n’est pas encore inventé) tous les matériaux sont bons : morceaux de parchemin, cuir tanné, tablettes de bois, omoplates de chameaux, morceaux de poterie, nervures médianes des dattiers… Au fur et à mesure, les versets, comme un puzzle s’agenceront, le Prophète Mohamed précisant l’emplacement des versets dans les sourates, et des sourates dans l’ensemble du Livre. En effet, si quelquefois, toute une sourate fut révélée d’un coup, à d’autres occasions, les fragments d’un même chapitre vinrent avec des intervalles, à d’autres encore, plusieurs sourates étaient commencées simultanément et se poursuivaient avec des interruptions.

Par le double contrôle oral et écrit, le Prophète s’assure de la conservation de l’intégrité du texte. Les mémoires défaillantes peuvent s’appuyer sur un texte écrit, et dans l’autre sens, les erreurs de copie sont corrigés grâce à la mémorisation du texte. Ainsi, pas un mot du texte sacré ne pourra être modifié par erreur.
Lorsque le Prophète Mohamed quitte ce monde, plusieurs Compagnons ont la chance d’avoir retenu par cœur la totalité des versets. Par contre, il n’existe pas de texte complet du Coran. La bataille de Yamâma va faire prendre conscience de ce manque.
500 d’un groupe de 3000 musulmans de la première heure et comptant parmi les plus connaisseurs du Coran, trouvent la mort. Omar prend alors conscience du danger et s’en va trouver le Calife Abou-Bakar.

Pendant les dernières années de sa vie, le Prophète employait de manière officielle des secrétaires, les uns pour les tâches courantes, d’autres pour la transcription de la révélation coranique. Le jeune Zaïd ibn Thâbit faisait partie de ce groupe. Il était même devenu l’écrivain principal de Mohamed et comptait parmi les personnes qui connaissaient la totalité du Coran par cœur.
Tout naturellement, le Calife Abou-Bakar le chargera donc de réunir le Coran dans son ensemble. Mais le Calife, avec le scrupule qui le caractérise, tient à ce que les précautions soient prises : pour chaque verset, Zaïd devra trouver au moins deux témoignages écrits, avant de l’inclure dans la copie définitive. Et le calife demandera aux habitants de Médine d’apporter les fragments écrits qu’ils possèdent. Sur la totalité du Coran, la Tradition nous apprend que seuls deux versets ne se trouvèrent par écrit que chez une seule personne. Cette copie appelée Mushaf (feuilles réunies), sera conservée par le Calife Abou-Bakar et après lui par son successeur Omar.